Le magasin général

Mes grands-parents maternels avaient un magasin général dans mon petit coin de ce pays. Ce que je vous raconte se situe fin des années trente.

Ce magasin occupait le premier étage et l’arrière de la maison.

En s’ouvrant, la porte du magasin mettait en branle une clochette de cuivre qui signalait l’arrivée du client. D’un premier coup d’oeil, on pouvait voir un étalage de marchandises semblable à quelques tableaux de musée. Près de l’entrée, sur un minuscule bâti approprié, étaient rangés quatre ou cinq sortes de fouets, y compris le célèbre Black Smith; il en avait même pour les boeufs.

En voiture à cheval, pour gagner du temps, le fouet était un compagnon indispensable.

Face à l’entrée étaient disposés, en forme de U, des comptoirs reposant sur un plancher d’un papier d’asphalte peinture en gris. La base de ces comptoirs était en plusieurs tiroirs remplis de marchandise de toutes sortes. Sur un comptoir, il y avait l’imposante balance pour détailler la marchandise qui était tout en vrac, y compris les deux régimes de bananes, quelques jours dans l’année, suspendus au plafond.

Dans les tablettes qui garnissaient une partie des murs se trouvaient toutes sortes de marchandises : des paquets de cigarettes du tabac La Salle et ZigZag à 20 sous le paquet et les livrets de papiers à 7 sous allaient bien avec les boissons gazeuses à 0,07 sous. La bière d’épinette faite à la maison était très appréciée surtout en été par les clients qui prenaient un verre à 5 sous. Il y avait une bière illicite fabrication maison qui avait une clientèle en confiance.

Le forgeron était un de ceux là, il se payait deux pauses café : à 10 h et à 3 h de l’après-midi.

Un bon marchand devait d’avoir la tonne de mélasse dans son étalage; les clients présentaient leur cruche d’un gallon que le robinet remplissait pour 0.60 $. Dans un autre coin, bien isolé de toutes les autres marchandises, il y avait la réserve d’huile de charbon pour l’éclairage pour les lampes et le fanal, ancêtre de la lampe de poche. Il était normal de voir suspendus au plafond des étrilles pour les animaux, des fanaux à l’huile, des brosses, etc.

Le magasin était aussi un lieu de rencontres pour les amis, particulièrement les soirs d’automne et d’hiver. Douze à quinze personnes, des fumeurs comme de raison. Les blagues à tabac s’ouvraient généreusement à ceux qui voulaient charger leurs pipes : celle-ci de blé d’Inde, de plâtre, croche ou droite. Bien entendu, ils étaient proches du crachoir. On se parlait amicalement de ses joies et de ses peines, de ses travaux et de ses projets et de connaître les nouvelles de la journée. Il faut dire que l’atmosphère était maintenue chaleureuse en raison d’un poêle à bois (box stove) placé sécuritairernent sur une grande plaque de tôle. Avec son tisonnier mon grand-père allait de temps à autre de la boite à bois au poêle, s’assurant que la maisonnée était à son aise.

Ponctuellement, à 9 h, on se disait : « Bonsoir et à demain ! » Tels étaient les bons soirs du magasin. Malheureusement, ce magasin fut incendié et il ne reste aucun vestige de ce magasin général a part les beaux souvenirs de cette époque.

Raoul Laverdière

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