Coup de coeur d’un aïeul

Je vais vous raconter une histoire que ma grand-mère maternelle m’a racontée dans ma petite enfance à maintes reprises pour nous consoler quand nous avions des petites peines d’enfant.

L’histoire est un fait vécu par son grand-père paternel, cela se situe dans les années 1860, c’était un temps où ce coin de pays en haut de Bellechasse connaissait ses premiers moments de colonisation.

L’aïeul ayant défriché un coin de terre pour y vivre avec sa famille. Arrivé à un âge assez avancé, il se bâtit une petite maison pour donner son lot colonisé à un fils.

Logeant dans sa nouvelle maison, ou plutôt un camp, parce qu’à ce siècle-là, tous les bois de construction étaient équarris à la hache et la finition était plutôt robuste. Tous les jours, il se rendait à la ferme pour aider son fils aux travaux malgré son âge avancé.

Un jour de pluie en automne, assis sur un sac d’avoine dans le porche de l’étable, ce coup de cœur arriva. Tout en fumant sa pipe fabriquée de blé-d’inde, il entendit un bruit sous une poutre de la grange. Il s’avança et vit l’ombre d’un animal, un peu apeuré croyant à des animaux sauvages qui étaient en quantité à cette époque. Il se munit d’un bâton pour se sécuriser et il s’avança d’un pas sûr et lent avec les yeux d’un chasseur pour ne pas manquer sa proie.

Tout à coup, il aperçut un petit chien laid et poilu qui rampait devant lui pour lui demander grâce.

À première vue, son idée fut de le chasser, mais aussitôt un sentiment de compassion traversa son esprit. En s’approchant de lui, il lui tendit sa main comme signe de bienvenue en lui caressant le poil fripé de sa tête.

La peur était transformée en bonheur, il y avait eu comme un mariage entre eux et il ne pensait plus en s’en séparer, même s’il avait l’anxiété de son épouse qui s’était dit qu’il n’aurait jamais de chien dans leur nouvelle maison. Il enferma le chien dans l’étable et se rendit à sa demeure pour savoir quel accueil ferait son épouse à ce nouveau visiteur.

Son épouse le vit arriver d’une agilité surprenante avec un air joyeux, elle lui demanda :

«Qu’est-ce qui t’arrive, as-tu vu un saint!»

Il répondit depuis qu’il vit dans cette nouvelle demeure, il s’ennuie et s’il avait un petit chien qui l’accompagnerait, il me semble qu’il serait plus heureux.

Et son épouse de commenter :

«Où pourrais-tu trouver un bon petit chien qui ne nous causerait pas trop d’ennui et nous n’en achèterons sûrement pas, nous n’avons pas d’argent.»

Il répondit vivement:

«J’en ai trouvé un, je crois que c’est le Bon Dieu qui me l’a envoyé.»

«Si tu crois que c’est le Bon Dieu qui l’a mis sur ton chemin, apporte-le à la maison.»

Quelques minutes plus tard, le nouveau pensionnaire apparut dans le décor, son épouse de dire :

«Le Bon Dieu aurait pu t’en envoyer un plus beau.»

Après quelque temps, elle s’aperçut que si c’était le choix du Bon Dieu, c’était un très bon choix. De jour en jour, il apportait du bonheur à chacun d’eux, on lui avait fabriqué un paillasson de paille près du poêle pour ses repos qui accompagnait la grande chaise berceuse d’où pendait toujours une main qui caressait sa crinière.

Beaucoup d’années s’écoulèrent où ce petit chien errant sans allure apportait un bonheur à ce couple d’aînés. Un jour, la main du haut de la chaise berceuse qui caressait ce petit chien sur le paillasson s’arrêta, l’aïeul avait passé de la vie à trépas.

À cette époque l’exposition du défunt se faisait sur un lit de planches couvert d’un drap et monté sur deux chevalets où le petit chien trouva refuge avant son départ à jamais.

Quelques jours plus tard en refusant toute nourriture, il se laissa mourir.

Plus tard, la grand-mère de dire :

«Ce petit chien était un vrai don de Dieu pour nous avoir tant donné de bonheur.»

Et elle s’éteignit quelques mois plus tard.

Aujourd’hui nos savants universitaires ont découvert que l’accompagnement de petits animaux pour certains aînés était presque une cure et on a trouvé le savant mot de zoothérapie.

Il est malheureux qu’aujourd’hui plusieurs de nos aînés, qui pour eux un animal serait une cure, s’en privent pour de futiles raisons où ils sont en hébergement.

Raoul Laverdière

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