Pensionnat 1949

Dans presque toutes les familles nombreuses il y en avait qui étaient plus privilégiés que les autres; ils se voyaient offrir des études classiques.

Dans ma famille je fus un de ceux-là. Ayant terminé ma 9e année avec un certificat et de bonnes notes, j’étais le candidat idéal. Neveu d’un prêtre, je remplissais toutes les conditions pour en devenir un et surtout, avec mon niveau d’instruction je sauvais deux années de cours classique.

Nous étions une famille de onze enfants et il ne fallait pas priver la famille pour mon éducation. Même si la somme de 30,00$ par mois ne parait pas très importante aujourd’hui, elle l’était dans le temps. Mon père s’est rendu voir le curé de la paroisse pour lui faire part de son inquiétude de ne pas être capable de payer et, le curé qui avait beaucoup de relations avec le collège de lui dire: « On va trouver un fonds quelque part pour ses études. » Et il en fut ainsi : une dame fortunée avait laissé un montant d’argent pour faire instruire les jeunes qui avaient la vocation de devenir prêtre. Tous les obstacles étaient franchis pour que j’entreprenne mes études classiques.

Au début du mois d’août, les aspirants au pensionnat passaient l’examen d’entrée. Je me suis bien classé pour un petit gars de campagne pas tellement dégrossi.

Ayant avec moi tout le bagage exigé du collège, je m’inscrivais à la préfecture au cours de la première semaine de septembre par un bel après-midi. Là, on m’attitra mon lieu de repos (le dortoir) pour l’année. J’entrevis quatre rangées de dix lits et, près de chacun d’eux, une petite commode. En même temps on nous désignait la classe où nous allions recevoir notre instruction. Moi, j’étais en syntaxe spéciale. Pour moi c’était une jungle. Le premier soir je me suis trompé de dortoir et, pour de ma première journée de cours, j’ai fait trois locaux pour trouver le mien.

Dans ces années là, tous les collèges qui étaient reconnus avaient une belle chapelle. C’était le premier lieu à connaître parce qu’on y allait passer de nombreuses heures. Cet endroit que je l’aimais bien.

Le premier soir, après la prière du soir à la chapelle, nous nous rendions au dortoir pour trouver notre lit. Après une courte prière nous nous glissions sous les couvertures et, avec les émotions et la fatigue, le sommeil m’enveloppa aussitôt. Tout à coup un son de clefs au pied de ma couchette me réveilla et, ouvrant péniblement les yeux, je vis le prêtre surveillant de nous dire: « Debout ! » J’avais trouvé la nuit courte.

Au levée, je ne savais pas trop quoi faire J’ai regardé les autres se rendre aux lavabos et j’ai essayé de faire comme eux. Même que c’était la première fois que je me brossais les dents. Nous descendîmes à la chapelle pour la messe. Après nous nous sommes rendus au réfectoire pour le petit déjeuner. La nourriture n’était pas comme chez nous, mais je me suis habitué très vite. Tous les mois nous avions la permission d’une sortie d’un après-midL Une de mes tantes, que j’aimais beaucoup et qui travaillait à Québec, venait me chercher presque tous les mois. C’était une grande fête de pouvoir visiter les magasins, surtout le mois avant les fêtes,

Nous faisions beaucoup de sport. Le samedi soir nous avions un film ou une pièce de théâtre que nous apprécions beaucoup. Mais, avant de se rendre à cette activité notre chef de salle, un abbé, nous parlait du mal que représentait le communisme et de sa terreur.

Après un tel sermon ce mot « COMMUNISME » nous faisait peur. Quelquefois l’abbé nous parlait de M. Alphonse Desjardins qui avait fondé une banque qu’on appelait « Caisse Populaire ». Je suis certain qu’il ne se doutait pas de l’ampleur que prendrait ce mouvement durant les 50 ans qui suivirent.

Aux fêtes nous avions 15 jours de sortie. A Pâques, nous en avions quatre. C’était très agréable de revoir notre famille et de recevoir un respect spécial de leur part.

J’ai apprécié et j’ai aimé ce séjour au collège, même s’il y avait certains pensionnaires qui avaient des privilèges parce que leurs parents étaient de la bourgeoisie et étaient généreux pour le collège. En classe de rhétorique, il fallait prendre le ruban. C’est alors que j’ai décidé, au grand désespoir de mes parents, de quitter le collège. Je savais que je ne deviendrais pas prêtre Je ne voulais pas abuser des sommes que je recevais pour cette fin. Ma mère m’a dit que c’était le diable qui avait permis mon départ du collège. Moi, je dirais plutôt que c’étaient les petites filles.

Pour ceux qui n’ont pas connu la vie de pensionnat, vous découvrirez dans cette gribouille un aperçu de ce qu’était la vie dans un collège classique. Celui que j’ai fréquenté, c’est le collège de Lévis aujourd’hui converti en CEGEP.

Quoi qu’on en dise aujourd’hui les collèges classiques étaient un milieu favorable pour ceux qui voulaient se surpasser.

Je suis fier de l’avoir fréquenté.

Raoul Laverdière
Le Gribouilleur

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