La croix de chemin

septembre 3, 2010

Issues d’une vieille tradition des pays chrétiens et du Québec, les croix de chemin sont le reflet de pratiques religieuses populaires, ainsi qu’un élément important de notre patrimoine collectif.

La croix des sentiers de la nature, nous rappelle qu’au XVIIIe siècle, beau temps mauvais temps, un bon catholique ne serait jamais passé devant ce symbole de la foi chrétienne sans faire une longue prière. Par ailleurs, ce n’était pas toujours plaisant pour les voyageurs moins dévots que les Canadiens français.

Jadis, on retrouvait des croix de chemin un peu partout sur les routes du Québec Elles étaient fréquentées surtout pendant le mois de Marie, le mois de mai. Tout au long de son existence, la croix de chemin était en quelque sorte le pôle d’attraction de la foi populaire. D’abord, dans certaines circonstances, la croix remplaçait l’église. Entre autres, pour les fidèles dont la demeure était trop éloignée du temple paroissial. Ceux-ci se réunissaient au pied de la croix à différentes périodes ou lors de fêtes du calendrier liturgique.

Le succès particulier, du mois de Marie à la croix, a été favorisé par l’institutrice de l’école de rang. Elle se prêtait volontiers à l’organisation de la cérémonie et cette croix était l’œuvre et la propriété des gens de ce rang.

Dans mon coin de pays, comme ça devait l’être dans toutes les paroisses, chaque croix de chemin avait une histoire. La croix de chemin du rang de mon enfance en avait une.

Un Monsieur du rang 5 avait une fille bien malade et il avait promit un CORPUS si sa fille revenait à la santé. Ce qui arriva après quelques temps et il acheta le CORPUS. Tous les fermiers du rang s’impliquèrent en fabriquant le gibet et la base en béton armé ainsi q’une clôture pour en faire un petit sanctuaire. Tout le monde de la paroisse fut invité à la bénédiction qui a eu lieu en grande pompe avec la fanfare Saint-Jean-Baptiste de Québec et les dignitaires du milieu.

Dans le mois de mai, les élèves de l’école et leurs parents se rendaient un soir semaine pour la prière.

Raoul, dit le Gribouilleur

Communications des années 1930-1940

août 20, 2010

Raoul communique avec vous ce matin…

Les moyens de communications de ces années étaient assez limités.

Dans mon petit village, il y avait quatre téléphones : un au presbytère, un aux deux magasins généraux et un chez un citoyen, comme Joseph-Arthur dans Le temps d’une paix, qui avait un regard sur toute la population.

Pour téléphoner, c’était assez compliqué, il fallait tourner une manivelle et le nombre de tours grands et petits étaient le numéro. Le plus souvent, c’était le maître de la maison qui composait.

Les autres moyens de communications : le télégraphe, assez compliqué aussi, il fallait se rendre à la gare qui elle était loin du village.

L’écriture en était un aussi, mais c’était assez long; il fallait qu’elle passe par plusieurs bureaux de poste avant d’arriver à destination.

Les moyens de communications de la paroisse : à la sortie de la messe, sur le perron de l’église, il s’en réglait bien des affaires.

À la boutique de forges, on y trouvait les nouvelles du jour, il y avait là des gens de toute la paroisse qui passaient; toutes les nouvelles se transmettaient et ainsi d’une paroisse à l’autre.

Il y avait également les quêteux qui visitaient toutes les demeures et connaissaient tout le monde, certains se permettaient de transporter des lettres. Il y avait aussi Le journal, L’Action catholique, qu’on recevait 2 jours en retard; ce n’était plus des nouvelles…

Quand la radio fit son apparition, nous étions plus renseignés sur les nouvelles d’ailleurs et des programmes que nos parents écoutaient avec attention; il fallait garder le silence dans ces moments-là. Ces programmes étaient : la prière du soir, Séraphin, Nazaire et Barnabé, le ralliement du rire, les nouvelles et surtout celles du commencement du conflit de 40-45: les nouvelles n’étaient pas très bonnes.

Les gens de ce temps-là ne parlaient jamais de manque de communications. Aujourd’hui, à presque chaque incident on entend « manque de communications » et on a tous les moyens pour joindre les citoyens du monde, en quelques instants.

Le gribouilleur vous communique sa gribouille.

Raoul

Incursion dans l’habitation de nos aïeux paysans

juillet 23, 2010

La maison de nos aïeux paysans était plutôt grande et avait beaucoup de chambres. Il le fallait bien car les familles, en grande majorité, comptaient 8, 10, 12 et même 15 enfants. De plus, plusieurs familles hébergeaient les grands-parents. Avez-vous une idée de ce que cela pouvait représenter à l’heure des repas? De nos jours, on penserait à une maison de pension.

La maison familiale comprenait toujours, selon une expression du temps, un bas-côté. Chaque maison en avait un ou deux. C’était un bâtiment rattaché à la maison principale qui servait de cuisine pour les mois d’été seulement. L’hiver, cette cuisine d’été ne pouvait pas être chauffée. Elle servait de chambre à débarras,

Il faut dire que les maisons étaient très bien construites. Elles étaient très solides, pièces sur pièces, mais n’avaient aucune commodité : pas d’électricité, pas d’eau courante, pas de salle de bain et pas de garde-robe. Parmi les paysans les plus riches, quelques-uns se payaient le luxe d’une pompe à bras pour apporter l’eau à la maison.

On chauffait ces grandes maisons au bois seulement, avec un « gadouri » ou un poêle de cuisine dont le feu s’éteignait durant la nuit. On ne peut pas dire que c’était très chaud le matin.

Parfois, même l’eau gelait dans le bol à mains. Cette température était un gros problème pour les jeunes bébés. Pour le bain, la maman s’installait sur la porte du fourneau et personne ne pouvait entrer dans la maison lorsqu’elle donnait le bain au bébé.

Mais par contre, on ne verrouillait jamais la porte d’entrée la nuit, au cas ou un mendiant ou un voyageur aurait pu être en détresse. La vie était rude, mais elle avait un sens profond et chacun la vivait pleinement. On remerciait Dieu dans la prière du soir pour avoir un logement et de la nourriture pour le soin de cette maisonnée.

Raoul Laverdière dit le Gribouilleur

Un préjugé d’hier…

juillet 2, 2010

Dans le bon vieux temps, il y avait bien des préjugés et il y en avait un qui, avec les yeux d’aujourd’hui, nous paraît très inhumain et même cruel, c’est celui d’avoir un enfant hors mariage.

Quand une fille commençait ses fréquentations, les parents, et en particulier la mère, l’avertissait de ne pas revenir à la maison avec un paquet; ce qui voulait dire être enceinte. Ma mère disait à mes sœurs : si toutes les filles étaient bonnes, il n’y aurait pas de mauvais garçons; comme si le mal venait des filles et que les garçons n’avaient rien à voir au processus de procréation.

Quand une fille revenait à la maison enceinte, c’était le déshonneur total pour la famille; elle avait commis un péché et c’était la honte. On essayait de tenir ça bien caché. On l’envoyait poursuivre sa grossesse loin du milieu chez une parente ou dans une institution religieuse de bonnes sœurs, qui l’accompagnait durant sa grossesse en lui faisant exécuter des travaux pas des plus nobles, afin qu’elle expie son péché d’avoir fêter Pâques avant le temps – une expression du temps.

Le pire pour cette fille était de confier son enfant à la crèche; quand on ne lui enlevait pas avant même qu’elle n’ait pu le voir. On privait l’enfant de sa mère, elle restait en marge de la société toute sa vie et l’enfant prenait le nom de bâtard. Les enfants de Duplessis en sont le plus bel exemple.

Les religieuses faisaient sans doute leur grand possible pour bien l’élever, mais elles ne pouvaient pas lui donner autant d’attention et d’affection qu’il aurait reçu de sa mère.

Arrivés à l’âge adulte, les enfants qui n’étaient pas adoptés, étaient offerts, un peu comme du bétail, à des gens qui avaient besoin d’eux pour du travail à bon marché dans le milieu où ils résidaient. Le milieu les avait à l’œil, s’il y avait des problèmes, c’était les premiers à se faire regarder.

Ils y en a beaucoup qui ont réussi dans la vie, même en étant les enfants du péché, mais ils leur manquaient toujours l’amour familial. Ils avaient de la difficulté à fonder un foyer, les parents s’objectant toujours à voir leurs filles ou garçons se marier avec un bâtard; c’était jeter la malédiction de Dieu sur leur famille car ils étaient des enfants du péché.

Aujourd’hui, on trouve la manière d’agir de ces gens-là un peu révoltante et anti-sociale mais c’était le temps et les évènements font le temps. Dans les générations futures les préjugés comme celui-ci seront levés et ce sera notre temps.

Quelles souffrances ont endurées ces mères de devoir remettre un petit enfant à la crèche et de s’en séparer à jamais.

Médecine d’hier

juin 11, 2010

Il n’y a pas de jours, depuis un certain temps, que tous les médias d’information nous relatent les problèmes en santé. Que les citoyens du Québec qui les subissent pour différentes raisons, dont la population en urgence ne veut plus tolérer et avec raisons, ne doit plus tolérer, même si plusieurs bénéficient de notre régime de santé.

Pour la génération avant le régime universel de la santé, la maladie était pour certain, la ruine et pour d’autre le manque de soins qui apportaient beaucoup de souffrances. Pour appeler un médecin il fallait être à l’article de la mort et pas pour tout le monde. Les plus fortunés se prévalaient plus du médecin et de l’hospitalisation. Dans les campagnes il y avait un médecin pour deux à trois paroisses et suffisait à la tâche. L’hiver, avoir un médecin exigeait beaucoup de temps. Chez-nous, mon père se rendait au village téléphoner pour savoir s’il pouvait aller le chercher à la paroisse voisine. Ça prenait de deux à trois heures et durant les tempêtes, il devait attendre la fin de la tempête qui pouvait durer une journée. Le docteur apportait avec lui une petite valise avec tous les remèdes car on n’avait pas de pharmacie dans notre coin de pays. Le médecin prenait le repas où il allait soigner et, des fois, il veillait le ou la malade toute la nuit pour vérifier l’évolution de la maladie qui souvent se terminait par le trépas. Les honoraires étaient peu élevés et pour les pauvres notre médecin le Dr Chabot ne leur envoyait jamais de compte. Ce médecin qui a soigné trois générations est mort pauvre mais aimé de tous.

L’hospitalisation qui était la propriété des religieuses dévouées et qui donnaient le maximum avec les moyens qu’ils avaient avec une faible aide du gouvernement qui venait toujours avant les élections. Quand j’étais jeune, on hospitalisait une personne toujours à l’article de la mort. Mes parents et leur génération avaient une peur bleue d’aller à l’hôpital il disait : « On va là pour mourir » et ils avaient gardé cette mentalité jusqu’à la fin de leur vie. Parmi ceux qui étaient hospitalisés pour longtemps c’était la ruine financière.

Aujourd’hui on chiale contre le système de santé et souvent avec raison, mais si on retourne à cette génération, on peut se considérer privilégié d’avoir cette assurance maladie et tout le progrès qui se sont fait dans la médecine. Presque tous les jours il y a un nouveau remède et on a réussi à atténuer la souffrance que subissaient ces gens avant leur départ. On n’est peut-être pas plus heureux, mais la souffrance si elle n’est pas complètement absente, elle est moindre.

Continuons de revendiquer de meilleurs soins tout en se rappelant de ce que nous avons aujourd’hui c’est à cette génération que nous le devons et nous devons leur en être reconnaissant.

Le gribouilleur

R.A. Laverdière

Les corvées

mai 21, 2010

Dans tous les dictionnaires le mot corvée se définit comme suit: Travail dans l’intérêt commun exécuté à tour de rôle par les membres d’une communauté.

Aujourd’hui, les corvées se font de plus en plus rare. La plus typique corvée connue à Ste-Anne est sans contredit la guignolée. Il y a d’autres corvées que nos organismes communautaires font, mais ils sont moins spectaculaires.

Durant les années 40 et 50, les corvées étaient chose courante surtout dans nos campagnes où la majorité des résidents étaient des fermiers. Les corvées du temps étaient la boucherie, les sciages, les dallages, l’aide de reconstruction lors des feux d’habitation et aussi lorsque plusieurs fermiers d’un même rang se regroupaient pour aider aux récoltes d’un fermier en difficulté à cause de maladie.

Les corvées plus typiques de ces années étaient la boucherie, les battages et les sciages.

La BOUCHERIE, se situait de fin de novembre au début de décembre. Cette activité si on peut l’appeler ainsi consistait à abattre des porcs dont nous en gardions deux pour les besoins alimentaires de l’hiver, les autres étaient vendus au commençant du village afin d’avoir quelques dollars pour passer l’hiver. Un bœuf était sacrifié pour la même fin, des dindes et parfois des vieilles poules.

LE BATTAGE : L’avoine et l’orge étaient engrangés en vrac, de fin de juillet jusqu’au début septembre et on la battait dans la grange durant l’hiver, les mois de janvier et février. Cette corvée durait deux à trois jours dépendant de la grosseur de la récolte. Les grains de ce battage étaient pour nourrir les porcs.

LE SCIAGE : À l’automne, les fermiers après la récolte, allaient bûcher le bois de chauffage en billots. Dès que la neige recouvrait confortablement les champs et les bois c’était la période du charriage avec des chevaux. Tout le bois était apporté près des bâtiments de la ferme. Cette corvée se situait à la fin de février jusqu’au début mars. Il faut se rappeler que tous les bâtiments étaient chauffés au bois et qu’il fallait fournir le bois aux grands-parents, et aussi en fournir à la fabrique pour chauffer l’église.

Raoul Laverdière dit le Gribouilleur

Évolution du temps

avril 30, 2010

Il y a quelque temps, j’écoutais la réflexion d’un de mes petits-fils qui se demandait comment pouvait être la vie dans les années 30-40, sans radio, télévision, téléphone, et sans électricité. Cette réflexion me retourna vers ces années pour vous en faire part.

Toute cette évolution s’est toujours manifestée avec un certain scepticisme. Mon père nous racontait qu’il avait amené son grand-père (97 ans) voir la première radio de la paroisse. À sa vue, il s’exclama : « C’est seulement une boîte de bois avec quelqu’un caché à l’intérieur… » Il ne pouvait pas admettre que la voix ne pouvait venir d’ailleurs. Un jour, on l’informa qu’un avion traversait le ciel, il jeta un regard et de dire : « C’est un corbeau noir. »

Pour moi la première radio que j’ai vu, c’était celui de ma grand-mère au village. Ce fut un cadeau de son fils qui lui avait procuré. C’était pour cette vielle dame un passe-temps d’écouter Les Troubadours, Jeunesse dorée, Séraphin et surtout la prière. Malheureusement, elle connut très peu la télévision, elle en aurait sûrement adoré.

Chez nous le premier appareil radio à batterie, parce qu’on avait pas l’électricité, c’était en 1944 à la fin de la guerre. Cet événement a été une raison de s’acquérir un radio pour connaître le développement des combats qui rendaient la population très inquiète. La fin de la guerre nous fut annoncée par cet appareil.

Cet appareil avait coûté $40.00. Imaginez la valeur de l’argent multiplié par celle d’aujourd’hui. C’était très onéreux à l’époque. Les romans savons, courrier du coeur et la prière faisaient le bonheur de ma mère. Les nouvelles, la musique et le sport remplissaient les passe-temps de mon père, c’était une voix de l’extérieur qui s’était jointe à notre famille.

Quant au premier appareil TV, le premier j’ai vu, lors de vacances des forces armées à Toronto, dans une vitrine où attendait une lignée de personnes qui se poussaient pour contempler ce gros appareil avec une petite lampe-écran d’environ 12 x 12. Nous ne pouvions nous imaginer qu’en si peu de temps ils envahiraient tous nos foyers.

Chez nous, l’électricité fut installée en 1947, le coût d’installation était de $85.00 pour tous les bâtiments. C’était de piètre qualité, ce qui a causé le feu à la grange deux ans plus tard.

Le téléphone, je ne l’ai jamais connu chez nous. Quand on voulait parler à quelqu’un, on se rendait chez lui ou on lui écrivait s’il était éloigné. Et de porte en porte, le mendiant colportait les nouvelles.

Malgré l’absence de toutes ces utilités, nous avons appris à chauffer un poêle, à faire le beurre, à brasser le savon et même à faire du p’tit blanc pour les remèdes et le temps des réjouissances.

Ma génération et plus ont vu labourer les champs avec des boeufs et débarquer du monde sur la Lune. Si vous pensez qu’on ne suit pas les autres, soyez indulgent, ça fait beaucoup à absorber avec cette évolution.

Il y avait des gens heureux et malheureux durant ces années. Aujourd’hui il y encore des gens heureux et malheureux, ce qui veut dire que l’évolution n’apporte pas toujours le bonheur.

Raoul Laverdière

La vie au XVe siècle : deuxième partie

avril 16, 2010

Voici la suite de l’article sur la vie au XVe siècle…

6. Les riches possédaient des plats en étain; mais les produits avec un grand taux d’acidité provoquaient l’empoisonnement; c’est pourquoi, pendant plus de 400 ans, les tomates ont été considérées comme poison…

7. Le pain était divisé selon le statut de chacun; les travailleurs avaient droit à la croûte souvent brûlée du dessous, la famille la mie au milieu et les invités la croûte du dessus…

8. Les coupes pour la bière et le whisky étaient, souvent en étain aussi. Elles provoquaient des malaises et les gens se traînaient sur les routes et on les pensait souvent morts. Mais avant de les enterrer, on les amenait sur la table de la cuisine, pendant ce temps, les autres buvaient et mangeaient jusqu’à ce que le malade se lève enfin ou décède pour de vrai… d’où vient la coutume de « la veillée au corps »…

9. Souvent, comme les cimetières étaient vite remplis, on enterrait, plus tard, dans le même terrain. Mais plus d’une fois sur 25, on constatait que le « mort » précédent avait gratté et laissé des traces sur la pierre tombale. Ils réalisèrent donc que certains avaient donc été enterrés encore vivants…

Alors, pour éviter pareille torture, ils décidèrent d’accrocher une corde au poignet du mort qu’ils laissaient ressortir en dehors et ils y accrochaient une cloche. Et quelqu’un devait veiller chaque nuit pour voir si la cloche ne sonnerait pas. Si oui, on disait qu’il avait été « sauvé par la cloche »…

Et tout ceci est la vérité… Maintenant, qui osera affirmer que l’histoire est ennuyeuse?

Revenons au 21e siècle avec ses bons et mauvais côtés. Je pense que je suis bien au siècle présent, il me semble beaucoup plus confortable et vous, qu’en pensez-vous?

Raoul, dit le Gribouilleur

La vie au XVe siècle : première partie

avril 2, 2010

La prochaine fois que vous prendrez votre bain et que vous trouverez que l’eau n’est pas à la température souhaitée, pensez à vos ancêtres qui vivaient au XVe siècle…

1. La plupart des gens se mariaient en juin, parce qu’ils avaient pris leur bain en mai et qu’ils sentaient encore bon. Cependant, la chaleur arrivant, ils commençaient à sentir, alors les mariées apportaient un bouquet de fleurs pour cacher l’odeur…d’où la coutume, pour la mariée, de porter un bouquet…

2. Les bains se prenaient dans un grand tonneau rempli d’eau chaude. L’homme de la maison avait le privilège de passer le premier, puis tous les autres fils et hommes; alors seulement après tous les mâles venaient les femmes et finalement les enfants, et le dernier de tous, le bébé. Mais comme l’eau était devenue très sale et qu’on pouvait perdre quelqu’un au fond, on lançait la phrase, avant de vider le tonneau : « Attention de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain… »

3. Les maisons avaient alors un toit de chaume; de la fine paille pilée l’une sur l’autre, sans bois souvent. Cela devenait la place favorite des petits animaux pour se tenir au chaud : chats, chiens, rats, souris et autres bestioles. Quand il pleuvait, l’endroit devenait glissant et certains animaux tombaient; alors, d’où vient l’expression anglaise : « It rains cats and dogs » (Expression employée lorsqu’il pleut à verse). Comme on ne pouvait les empêcher de tomber dans les beaux draps, cela devenait un vrai problème. Alors, on inventa le lit à baldaquin…

4. Le plancher se salissait facilement. Seuls les riches pouvaient se payer des produits pour enlever cette saleté; les pauvres furent donc vite traités de « sales pauvres ».

5. Parfois, ils réussissaient à se procurer du porc; c’était un signe de richesse quand un homme pouvait apporter du bacon à la maison et l’expression est restée : « Bring home the bacon » (Rapporter le bacon (la paye) à la maison).

La suite dans deux semaines…

Raoul, dit le Gribouilleur

Le magasin général

mars 19, 2010

Mes grands-parents maternels avaient un magasin général dans mon petit coin de ce pays. Ce que je vous raconte se situe fin des années trente.

Ce magasin occupait le premier étage et l’arrière de la maison.

En s’ouvrant, la porte du magasin mettait en branle une clochette de cuivre qui signalait l’arrivée du client. D’un premier coup d’oeil, on pouvait voir un étalage de marchandises semblable à quelques tableaux de musée. Près de l’entrée, sur un minuscule bâti approprié, étaient rangés quatre ou cinq sortes de fouets, y compris le célèbre Black Smith; il en avait même pour les boeufs.

En voiture à cheval, pour gagner du temps, le fouet était un compagnon indispensable.

Face à l’entrée étaient disposés, en forme de U, des comptoirs reposant sur un plancher d’un papier d’asphalte peinture en gris. La base de ces comptoirs était en plusieurs tiroirs remplis de marchandise de toutes sortes. Sur un comptoir, il y avait l’imposante balance pour détailler la marchandise qui était tout en vrac, y compris les deux régimes de bananes, quelques jours dans l’année, suspendus au plafond.

Dans les tablettes qui garnissaient une partie des murs se trouvaient toutes sortes de marchandises : des paquets de cigarettes du tabac La Salle et ZigZag à 20 sous le paquet et les livrets de papiers à 7 sous allaient bien avec les boissons gazeuses à 0,07 sous. La bière d’épinette faite à la maison était très appréciée surtout en été par les clients qui prenaient un verre à 5 sous. Il y avait une bière illicite fabrication maison qui avait une clientèle en confiance.

Le forgeron était un de ceux là, il se payait deux pauses café : à 10 h et à 3 h de l’après-midi.

Un bon marchand devait d’avoir la tonne de mélasse dans son étalage; les clients présentaient leur cruche d’un gallon que le robinet remplissait pour 0.60 $. Dans un autre coin, bien isolé de toutes les autres marchandises, il y avait la réserve d’huile de charbon pour l’éclairage pour les lampes et le fanal, ancêtre de la lampe de poche. Il était normal de voir suspendus au plafond des étrilles pour les animaux, des fanaux à l’huile, des brosses, etc.

Le magasin était aussi un lieu de rencontres pour les amis, particulièrement les soirs d’automne et d’hiver. Douze à quinze personnes, des fumeurs comme de raison. Les blagues à tabac s’ouvraient généreusement à ceux qui voulaient charger leurs pipes : celle-ci de blé d’Inde, de plâtre, croche ou droite. Bien entendu, ils étaient proches du crachoir. On se parlait amicalement de ses joies et de ses peines, de ses travaux et de ses projets et de connaître les nouvelles de la journée. Il faut dire que l’atmosphère était maintenue chaleureuse en raison d’un poêle à bois (box stove) placé sécuritairernent sur une grande plaque de tôle. Avec son tisonnier mon grand-père allait de temps à autre de la boite à bois au poêle, s’assurant que la maisonnée était à son aise.

Ponctuellement, à 9 h, on se disait : « Bonsoir et à demain ! » Tels étaient les bons soirs du magasin. Malheureusement, ce magasin fut incendié et il ne reste aucun vestige de ce magasin général a part les beaux souvenirs de cette époque.

Raoul Laverdière